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Palabra del Ejército Zapatista de Liberación Nacional

May062015

Luis le Zapatiste

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

Mexique,

2 mai 2015

Introduction.

Bonnes après-midis, jours, nuits à celles et ceux qui écoutent et à celles et ceux qui lisent, sans qu’importent leurs calendriers et leurs géographies.

Celles qui maintenant sont rendues publiques, sont les paroles que le défunt Sous-commandant Insurgé Marcos avait préparées pour l’hommage à Don Luis Villoro Toranzo, celui-là même qui devait se faire en juin 2014.

Il supposait, lui, que seraient présents les proches de Don Luis, en particulier son fils, Juan Villoro Ruiz, et sa compagne, Fernanda Sylvia Navarro y Solares.

Quelques jours avant que ne soit célébré l’hommage, fut assassiné notre compagnon Galeano, maître et autorité autonome, qui a fait et fait parti d’une génération de femmes et d’hommes indigènes zapatistes qui se forgea dans la clandestinité de la préparation, dans le soulèvement, dans la résistance et dans la révolte.

La douleur et la rage que nous avions ressenti à l’époque et aujourd’hui s’ajoutèrent, en ce mois de mai d’il y a un an, à la tristesse pour la mort de Don Luis.

Il y eut alors une série d’événements, dont l’un fut de faire mourir celui qui fut jusqu’alors le porte-parole et le chef militaire de l’EZLN. Le décès du SupMarcos se concrétisa au matin du 25 mai 2014.

Parmi les restes, comme nous disons nous, hommes et femmes zapatistes, qu’a laissé le défunt supmarcos il y a un livre sur la politique, promis à Don Pablo González Casanova en échange d’une boîte de biscuits à la crème, une série de textes et de dessins inclassables (plusieurs remontent à ses premiers jours en tant qu’insurgé de l’EZLN), et le texte en hommage à Don Luis Villoro dont je ferai la lecture dans quelques instants.

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Lorsque, au commandement général de l’EZLN, avec le sous-commandant insurgé Moisés nous parlions de ce que serait ce jour avant et aujourd’hui, nous nous rendions compte que, en mettant une vie dans la balance, nous réunissions des morceaux qui jamais ne parvenaient à se compléter.

Que toujours nous restions avec une image inachevée, brisée. Que ce que nous avons et avions, nous rendaient urgent la recherche et la découverte de ce qu ‘il manquait.

« Manque ce qui manque », disons-nous obstinément, femmes et hommes zapatistes.

Pas avec résignation, jamais avec conformisme.

Mais pour nous rappeler que l’histoire n’est pas accomplie, que lui manque des pièces, des dates, des lieux, des calendriers et des géographies, des vies.

Que des morts et des absences nous en avons beaucoup, trop.

Et que nous devrions agrandir la mémoire et le cœur pour qu’aucun ne manque, oui, mais aussi pour qu’ils ne soient pas immobilisés, pour qu’ils soient complétés l’une ou l’autre fois par notre marche collective.

Nous imaginons ainsi que ce jour, cette après-midi, cette nuit, toujours un matin, pourrait bien être un échange de pièces pour continuer à essayer de compléter la vie de celui que vous avez connu et connaissez comme le docteur Luis Villoro Toranzo, professeur de la Faculté de Philosophie et de Lettres de la UNAM, fondateur du groupe Hiperion, disciple de José Gaos, chercheur de l’Institut de Recherches Philosophiques, membre du Collège National, président de l’Association Philosophique du Mexique, et membre honoraire de l’Académie Mexicaine de la Langue. « Maître, père et compagnon », comme le dit peut-être son épitaphe.

Il y a des compas, des femmes, des hommes, des autres qui ont une place spéciale parmi nous, hommes et femmes zapatistes de l’EZLN. Ce ne fut pas un cadeau ou un don. Cette place spéciale ils l’ont gagné par un acharnement et un engagement bien loin des projecteurs et des estrades.

C’est pourquoi, quand ils nous quittent irrémédiablement, nous ne nous faisons pas l’écho du bruit et de la poussière qu’a l’habitude de soulever leur mort. Nous attendons. Notre attente est donc un hommage silencieux, sourd. Comme fut silencieuse et sourde leur lutte à nos côtés.

Nous laissons alors s’éteindre le bruit, qu’une autre mode succède à celle qui simule consternation et peine, que retombe la poussière, que le silence redevienne repos serein pour ceux qui nous manquent.

Peut-être parce que nous respectons cette vie maintenant absente, parce que nous respectons son temps et son mode. Et parce que nous espérons que, le calendrier avançant, son silence fera une place pour nous écouter.

Pour là-bas dehors, je le dis comme pour signaler un fait, pas comme un reproche, le docteur Luis Villoro Toranzo fut un intellectuel brillant, une personne sage à qui peut-être on ne peut reprocher que la proximité que de son vivant il eut avec les peuples originaires du Mexique, en particulier avec ceux qui se soulevèrent en armes contre l’oubli et qui résistent au-delà des modes et des médias.

Pour celles et ceux qui n’ont pas connu vivant le docteur Luis Villoro Toranzo, il y a et, je l’espère, il y aura des tables rondes, des rééditions, des analyses dans des revues spécialisées ou non.

Notre parole du jour ne passera pas par ces chemins. Non que nous ne connaissions pas son œuvre historique et philosophique, mais parce que nous sommes ici pour accomplir un devoir, régler un dû, accomplir un engagement.

Parce que vous, là-bas dehors, vous connaissez Luis Villoro Toranzo en tant que penseur brillant, mais nous, femmes et hommes zapatistes, nous le connaissons comme…

Comme ?

Nous savons que nous n’avons qu’une seule de tant de pièces.

Et nous sommes venus ici, à cet hommage, pour remettre à celles et ceux qui ont partagé et partagent le sang et l’histoire avec lui, une pièce que, nous croyons, non seulement ils n’avaient pas, mais que peut-être ils n’imaginaient même pas.

L’histoire ici en-bas, du côté zapatiste, a beaucoup de chambres murées. Des compartiments étanches où s’accomplissent des vies différentes avec une apparente indifférence, et où seule la mort fait tomber les murs pour que nous voyions et apprenions de la vie qui ici s’écoula.

Et nous opérons, comment dire ? Une permutation ? Un changement de lieux ?

En ouvrant le compartiment, en faisant tomber le quatrième mur, en entrant, nous troquons : cette mort au musée, cette vie à la vie.

« Des compartiments étanches », ai-je dit. Notre façon de lutter implique cette part d’anonymat qui, seulement pour certain.e.s d’entre-nous, est désirable. Mais peut-être aurons-nous ensuite l’opportunité de revenir là-dessus.

Vous avez écouté le Sous-commandant Moisés parler à nos compañeras et compañeros des communautés zapatiste d’une partie de ce que fut Don Luis Villoro Toranzo dans notre lutte.

L’immense majorité d’entre-elles et eux ne le connaissait pas, ne l’ont pas connu. Et comme elles et eux, nous avons des compañerascompañeros et compañeroas qui ignorait jusqu’à son existence.

Ce savoir soudain que nous avons eu compagnons et compagnes, que nous ne savions même pas qu’ils existaient, jusqu’à ce qu’ils n’existent plus, n’est pas quelque chose de nouveau pour nous, femmes et hommes zapatistes.

Peut-être est-ce notre manière, en nommant la vie de celui qui manque, de le faire exister d’une autre façon.

Comme si c’était notre manière d’amener au collectif l’indigène zapatiste Galeano avant, Don Luis Villoro maintenant.

Notre manière de les bousculer, de les presser, de leur crier « Hé ! Aucun repos ! », de les ramener et qu’ils poursuivent la lutte, le boulot, la besogne, le travail, le chemin, la vie.

Mais ce n’est pas une vie que je vais vous relater. Pas plus, évidemment, qu’il ne s’agit d’une mort.

C’est plus, je ne suis pas venu ne rien vous raconter. Je viens vous dessiner un contour, plus ou moins défini, plus ou moins net, d’une pièce d’un puzzle gigantesque, terrible, merveilleux.

Et ce que je vais vous conter vous semblera fantastique.

Peut-être que mon frère sous protestations (sous ses protestations à lui), Juan Villoro, devinera ensuite dans mes paroles à peine un fil d’une pelote absurde et complexe, plus proche de la littérature que de l’histoire. Peut-être que ça lui servira plus tard pour compléter ce livre qu’il ne sait pas encore qu’il écrira.

Peut-être que Fernanda pressent l’irruption d’un concept qui semblait absent, signalant un vide dont la satisfaction donnera un bouleversement théorique à toute une pensée. Peut-être que ça lui servira plus tard pour commencer une réflexion qu’aujourd’hui elle ne sait pas qu’elle entreprendra.

Je ne le sais pas. Peut-être que lui, elle, celles et ceux qui ne sont pas là, l’archiveront simplement dans le dossier des « H », comme « hommage », comme « hurlement », comme « humain », comme « Hydre », comme dans les « Histoires »…

“Il était une fois…”

 

Je dois être, pour des raisons de sécurité, propositivement imprécis sur la géographie et le calendrier, mais c’était l’aube et c’était le quartier général de l’EZLN.

Peut-être qu’une brève description du commandement général zapatiste en désillusionnera plus d’un, plus d’une, plus d‘unE.

Non, il n’y a pas de carte gigantesque avec des lumières de toutes les teintes ou des punaises de couleurs, recouvrant l’un des murs.

Non, il n’y a pas d’équipement moderne de radiocommunication avec des voix en plusieurs langues.

Il n’y a pas de téléphone rouge.

Il n’y a pas d’ordinateur moderne avec de multiples écrans acharnés à chiffrer et déchiffrer la vertigineuse statique de lamatrix cybernétique.

Ce qu’il y a c’est une paire de tables, deux ou trois chaises, quelques tasses avec des restes de café froid, des papiers mal chiffonnés, des cendres de tabac, de la fumée, beaucoup de fumée.

Parfois il y a aussi un bol de pop-corn rance, mais seulement au cas où serait nécessaire un échange avec quelque être insolite.

Parce que, vous n’allez pas le croire, mais ce qui en d’autres lieux est appelé « Duel judiciaire », s’appelle ici « Fais gaffe y’a d’la boue ».

Je ne m’étendrai pas sur cette façon particulière de résoudre les différents judiciaires entre êtres qui sont plus qu’éloignés de la jurisprudence réelle ou fictionnelle. Il suffit de dire que le bol de pop-corn rance a sa raison d’être.

Il a pu y avoir, pas toujours, c’est certain, un ordinateur portable et une imprimante. Je ne donnerai ni marque ni modèle, il suffit de dire que l’ordinateur travaillait à coup d’insultes et de menaces, et que l’imprimante avait un sens particulier du libre-arbitre puisqu’elle se refusait à imprimer ce qui ne lui paraissait pas digne d’aller au-delà de l’écran.

Bien sûr, il y avait habituellement dans l’écran de cet ordinateur, invariablement un traitement de textes et un écrit qui n’en finissait pas de mettre un point final…

Des virus ? Les seuls qui peuvent passer à travers la liane qui servait à se connecter à l’un des tunnels du réseau. Ou peut-être étaient-ce des araignées, ou des bestioles fuyant la susdite liane pendant qu’une petite lumière clignotait alarmée.

Mais laissons l’imagination de chacun compléter le tableau.

Je pourrais enjoliver et vous dire que ce matin-là j’étais, moi, en train de lire un traité de philosophie hellénique, ou les Fables d’Hyginus, ou le traité Sur les Dieux d’Apollodore d’Athènes, ou Los Doze Trabajos de Hércules, oui, avec un « z », d’Enrique de Villena, l’Astrologue, mais non.

Ou je pourrais vous dire, et vanter mon modernisme, en vous disant que moi, j’étais sur le réseau alternatif, prenant un cours en ligne avec un, une, unE hacker anonyme. J’allais devenir célèbre, mais si c’est anonyme on ne peut être célèbre. Si ? Ou peut-être est-ce un collectif organisé : « toi, clique sur reload, toi appuie sur la touche control, non, ne touche pas la lettre « z » parce que ça fout un de ces bordels et après tu te retrouves à chatter avec un être incompréhensible dans les montagnes du sud-est mexicain. Enfin, un nickname et un avatar, presque les équivalents à un nom de guerre et un passe-montagnes, qui, patient, explique les fondations d’un terrain de lutte. Comme dans toute nouvelle langue qu’on apprend, ce qu’il faut connaître en premier ce sont les insultes. Et donc savoir que « noob » est l’équivalent de « ta mère ».

Ou je pourrai vous raconter, et réitérer le cliché, que j’étais dans une joute multi-parties d’échec interocéanique avec le collectif appelé « les Irréguliers de Baker Street » installé sur la blonde Albion.

Mais non.

Ce que moi je faisais en réalité, c’est de tenter de mettre un point final à un texte qui en attendait un depuis 20 ans, mais…

Apparu alors dans le linteau de la porte le relais, le garde, la sentinelle, la vigie ou comme vous préférez dire :

– « Sup, il y a quelqu’un qui veut te parler » -, dit-il laconique après le salut militaire.

– Qui ? – demandais-je presque pour la forme car je supposais que c’était l’insurgée Erika avec l’une de ces énigmes compliquées sur l’amour et ce genre de choses.

– « Un certain Don Luis, c’est ce qu’il dit. D’un certain âge, un sage » -, répondit l’insurgé.

– Don Luis ? Je ne connais aucun Don Luis -, dis-je avec colère.

– Sous-commandant – j’entendis sa voix, et sa silhouette se découpa sur le seuil.

Le garde parvint à balbutier : « il est entré sans prévenir, je lui ai dis d’attendre, il n’a pas obéi »,

« Ah, il n’a pas obéi, évidemment. Laisse-le », ai-je dit à la vigie et nous nous sommes donné l’accolade avec Don Luis Villoro Toranzo, né à Barcelone, Catalogne, État Espagnol, le 3 novembre de l’an 1922.

Je lui offris un siège.

Don Luis s’assit, retira son béret et se frotta les mains en souriant. À cause du froid j’imagine.

Je vous avais dit qu’il faisait froid ce matin-là ?

Hé bien il faisait sacrément froid, sacrément comme lorsqu’il n’y a pas une lumière pour tiédir l’obscurité, comme aujourd’hui. C’est plus encore, le froid mordait les joues comme un amant obsédé.

Don Luis ne semblait pas l’avoir noté.

« Il fait froid à Barcelone ? », je lui demandais, un peu comme un salut de bienvenue, un peu aussi pour le distraire pendant que j’éteignais discrètement l’ordinateur.

Je rangeais finalement le portable, demandais du café pour 3 et rallumais la pipe, bourrée comme elle l’était de vieux tabac humide.

Je ne me souviens plus maintenant si Don Luis a répondu à la question sur le climat à Barcelone.

Mais qu’il attendait patiemment que je finisse par m’avouer vaincu, et que j’arrête d’essayer de raviver les braises du brûloir.

« Vous n’auriez pas du tabac par hasard ? », lui demandais-je anticipant déjà avec désillusion la réponse négative.

« Je ne me souviens plus », dit-il, et il continuait de sourire.

Il se référait au froid à Barcelone ou à si il a apporté du tabac ?

Mais ce n’étaient pas les principales questions qui s’accumulaient dans la marmite éteinte de la pipe.

Avant de demander au docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo ce que diable il faisait ici, laissez-moi vous expliquer…

En ce temps, le quartier général de l’EZLN était le « Lit de nuages », ainsi nommé parce qu’il se trouvait sur les hauteurs d’une montagne et, en-dehors de quelques jours pendant la saison sèche, étaient continuellement couvert de nuages. Bien que, évidemment le commandement général soit itinérant, il logeait parfois ici, bien que plus brièvement que les nuages.

« Le Lit de Nuages ».

Arriver là-haut n’est pas facile. D’abord vous devrez traverser des pâturages et des hautes herbes. Mauvais avec la pluie, mauvais avec le soleil. Après quelques 2 heures d’épines et d’insultes, on arrive au pied de la montagne. D’ici s’élève un étroit sentier qui suit le contour de la colline de manière qu’il y a toujours un abîme sur la droite. Non, ce ne furent pas des considérations politiques qui décidèrent ce tracé en spirale ascendante, mais la capricieuse découpe de ce pic montagneux au milieu de la sierra. Même si quelqu’un n’arrêtait pas de grimper jusqu’à être presque arrivé aux portes de la baraque du commandement général de l’ezetaelene, on aurait réalisé quelques œuvres de génie militaire de manière à ce que la vigie ait le temps et la distance pour avertir opportunément.

De là, le cheminement d’accès à la caserne était propositivement difficile. À la rudesse de la montagne, nous avions ajouté des baguettes pointues, des tranchées et des épines, de manière à ce qu’il ne fut possible d’y transiter que un par un.

Lorsque j’étais jeune et beau, avec une charge moyenne – disons quelques 15-20 kilos -, il me fallait à moi, quelques 6 heures depuis la base de la colline. Maintenant que je ne suis plus que beau, et sans charge, ça me prend 8 à 9 heures.

Notre têtu pré-modernisme et notre mépris des campagnes électorales empêchent que nous ayons des héliports sur nos positions. Ainsi qu’on ne peut y arriver qu’en marchant.

Avec ces références, il était logique que la première question qui affleure fut :

« Et comment êtes-vous arriver jusqu’ici Don Luis ? »

Lui, a répondu : « En marchant », avec la même tranquillité que s’il avait dit « en taxi ».

Don Luis semblait entier, sans agitation visible, son béret intact, son sac sombre avec à peine quelques brins de liane et de branches, son pantalon de velours à peine tâché et seulement en biais, ses mocassins d’une pièce. Tout complet. S’il devait y a voir quelque chose à noter c’était sa barbe de quelques jours et l’absurdité manifeste de sa chemise claire, avec le col amidonné ouvert.

À moi cette montée me prend au moins 3 rafistolages de la chemisette, 4 du pantalon, un renforçage sur chaque botte, et une paire d’heures à essayer de retrouver mon souffle.

Mais Don Luis était là, assis en face de moi. Souriant. Hormis une légère rougeur sur les joues, on aurait effectivement put dire que, en effet, il venait de descendre du taxi.

Mais non. Don Luis avait répondu « en marchant », et donc aucun taxi.

J’étais sur le point de lâcher une grande ribambelle de reproches à propos de la santé, des calendriers fait excuses, l’impossibilité qu’à son âge avancé, il tente de faire des choses absurdes, comme escalader une montagne et se présenter, à l’aube, au commandement général de l’ezetaelene, mais quelque chose me retint.

Non, ce ne fut pas le fait indiscutable qu’il se trouvait bien ici.

Ce fut que le sourire de Don Luis était devenu nerveux, inquiet, comme lorsqu’on ne craint pas de demander, mais d’avoir des réponses.

Alors je posais la question qui devait marquer cette matinée :

« Et qu’est-ce donc que vous voulez Don Luis ? »

« Je veux être embauché comme zapatiste », répondit-il.

Il n’y avait pas dans sa voix la moindre trace de moquerie, de sarcasme ou d’ironie. Pas plus que de doute, de crainte, d’insécurité.

J’avais fait face auparavant à ce qu’un citadin ou une citadine déclare ainsi ses intentions, (bien que pas par ces mots, parce qu’ils ont plutôt l’habitude de vouloir lancer des slogans incendiaires et des phrases ronflantes où il y a beaucoup de morts et peu ou rien de vive), même si, évidemment, ils ne dépassent pas le gardien.

Je m’étranglais, et la pipe n’étais même pas allumée pour feindre que c’était à cause de la fumée. Résigné face au manque de tabac sec, je me limitais à mordiller le bec.

« Je veux être embauché comme zapatiste », il a dit. Don Luis avait utilisé une expression verbale plus habituel du quotidien dans les communautés zapatistes, que de l’Académie Mexicaine de la Langue.

Dans ce cas, j’appliquais le protocole :

Je lui détaillais les difficultés géographiques, temporelles, physiques, idéologiques, politiques, économiques, sociales, historiques, climatiques, mathématiques, barométriques, biologiques, géométriques et interstellaires.

À chaque difficulté, le sourire de Don Luis perdait quelque chose de sa nervosité et gagnait en sécurité et en aplomb.

En finissant la longue liste des inconvénients, le visage de Don Luis semblait avoir reçu une place au Collège National, au lieu du « NON » diplomatique que je lui avais refiler.

« je suis prêt », dit-il après le craquement du dernier morceau sain du bec de ma pipe.

J’ai essayé de le dissuader en mentionnant les inconvénients de la clandestinité, du fait de se cacher, de l’anonymat.

« En plus », ajoutais-je avec froideur, « il n’y a plus de passes-montagnes ».

Il était évident que ce n’était pas moi qui avait le meilleur rôle. Mais pour autant je me réinstallais dans le siège et je bougeais nerveusement les choses sur la table, je ne trouvais pas l’explication logique à l’absurde de la situation.

Don Luis accommoda son béret sur l’argent de sa chevelure clairsemée.

J’ai pensé qu’il allait prendre congé mais, lorsque je me redressais pour appeler le garde pour qu’il le raccompagne, il dit :

« Ça c’est mon passe-montagnes », dit-il en montrant son béret.

Lorsque j’arguais que le passe-montagnes devait occulter le visage de façon à ce que seul le regard demeure, il me rétorqua :

« Ne peut-on occulter le visage sans le couvrir ? »

À ce moment-là j’ai remercié pour deux choses :

Une, que dans le continu bougé des choses sur la table, j’avais trouvé une boulette de tabac sec.

L’autre, que le question du docteur en philosophie Luis Villoro Toranzo, me donnait du temps pour essayer d’accommoder les pièces et comprendre ce dont il était question ici.

Et donc, je me protégeais derrière les mots pour mieux penser :

« C’est possible, Don Luis, mais pour y arriver vous devez modifier comme on dit l’environnement. Se faire invisible c’est, donc, ne pas attirer l’attention, être un de plus parmi beaucoup d’autres. Par exemple, il est possible de cacher quelqu’un qui a perdu l’œil droit et qui utilise un bandeau, en faisant en sorte que beaucoup utilisent un bandeau sur l’œil droit, ou que quelqu’un qui attire l’attention se mette un bandeau sur l’œil droit. Tous les regards iront vers celui qui attire l’attention, et les autres bandeaux passent au second plan. De cette manière, le véritable borgne devient invisible et peut bouger à son aise. »

« Je doute que vous parveniez à ce que dans le milieu académique et universitaire tous utilisent un béret noir ou que quelqu’un attirant puissamment l’attention l’utilise. Par exemple, si vous arriviez à ce que Angelina Jolie et Brad Pitt utilisent un béret noir, hé bien, alors oui, ne vous offusquez pas Don Luis, personne ne s’intéresserait à vous ».

« En plus le béret renvoie plus au Che Guevara qu’à la philosophie idéaliste de la science. Vous savez vous-même que, bien que ce soit une jungle, l’institut de recherches philosophiques n’est pas précisément un centre de subversion, dirons-nous »

« Mais », interrompit-il, encaissant sans difficulté le coup, « une autre façon de ne pas attirer l’attention, c’est-à-dire, de passer inaperçu, c’est de ne pas changer la routine, de continuer comme de coutume. En me voyant avec le béret noir, ils ne verront rien de bizarre. Au contraire, si je mettais un passe-montagnes, hé bien ça, ce serait un changement radical. Ils me verraient. J’attirerais l’attention. Ils diraient « c’est le professeur Luis Villoro avec un passe-montagnes, il est devenu fou, le pauvre, peut-être cache-t-il une récente déformation, ou les traces de la vieillesse, ou de la maladie, ou d’un crime inconfessable ». Et, mutatis mutando, si on arrête de faire quelque chose de routinier ou de coutume, on attire l’attention. Par exemple, Sous-commandant, si vous arrêtez la pipe, ça attire l’attention. Si vous mettez un bandeau sur l’œil, autre exemple, ils s’y intéresseront plus et ils commenceront à spéculer si vous l’avez perdu ou si il est bleu à cause d’un coup ».

« Bien joué », dis-je en prenant note discrètement.

Don Luis continua : « Si je mets le béret, n’importe qui me voyant ne dira rien, il pensera que je continue d’être le même ».

Il ajouta alors comme une conclusion logique :

« Et mon nom de guerre sera « luis villoro toranzo ».

« Mais Don Luis », réfutais-je, « c’est vraiment votre nom ».

« Correct », dit-il en levant l’index droit. « Si je prends ce nom de guerre, personne ne saura que je suis zapatiste. Tous penseront que je suis le philosophe Luis Villoro Toranzo ».

« N’avez-vous pas dit qu’en se couvrant le visage les zapatistes se montraient ? »

J’acquiesçais sachant où il voulait en venir.

« Et voilà, avec le béret et le nom je me montre, c’est-à-dire, je me cache ».

« N’était-ce pas là le paradoxe ? »

J’aurais pu dire « Touché », mais j’étais si déconcerté que mon français resta dans la malle des oublis.

Le reste de la nuit-aube je la passais à argumenter contre et lui à contre-argumenter en faveur.

Laissez-moi vous dire, il faut bien le reconnaître, que son raisonnement logique était impeccable, et avec grâce et bonne humeur il évitait l’une et l’autre fois les pièges fallacieux avec lesquels j’ai l’habitude de faire trébucher les intellectuels les plus renommés.

Oui, je deviens sarcastique, donc que personne ne se sente offensé.

Le truc, ou le muche, c’était que Don Luis Villoro Toranzo, aspirant à être zapatiste dont le nom de guerre serait « Luis Villoro Toranzo » et que, pour mieux se cacher, il se montrera d’avantage avec un béret noir comme passe-montagnes, a défait un à un les obstacles et les objections qu’avec une nécessité certaine, je lui opposais.

« L’âge », lui ai-je dit comme dernier argument et défaillant presque.

Il m’acheva avec : « Si je ne me souviens pas mal, vous, sous-commandant, vous avez quelques fois indiqué que la limite était une seconde avant le dernier soupir ».

La lumière du levé du jour dessinait les gribouillis de l’horizon lorsque je décidais d’assumer la meilleure posture dans ce cas : j’alléguais la démence.

« Voyons Don Luis, même si pour moi ce serait, évidemment, un honneur, c’est clair, ce n’est pas à moi de décider, évidemment. Je suis, évidemment, disons l’examinateur synodal, c’est vrai, mais celui qui qualifie c’est un autre, évidemment. De plus, de là suit le responsable local, évidemment, le régional, évidemment, le comité, évidemment, le commandement général de l’armée zapatiste de libération nationale, évidemment. Pourquoi ne rentrez-vous pas plutôt chez vous et je vous préviendrai lorsque je saurai quelque chose ? »

Mais… alors que je disais cela, entra dans le commandement général l’autre indigène qui nous complète avec Moy et moi.

« Ah », dit-il, « je vois que tu lui a déjà parlé »

« Oui », dis-je, « mais il est sot en ce qu’il veut devenir zapatiste ».

« Bien », dit l’autre, « en réalité je parlais au compa Luis Villoro Toranzo, pas à toi ».

« Il avait déjà parlé avec moi, je lui ai dit qu’ainsi qu’il le souhaitait il passerait avec toi pour que tu examines ses arguments ».

« Mais voilà : je l’ai fait entré dans l’unité spécial. Maintenant il est pour nous le collègue Luis Villoro Toranzo ».

« Je lui ai déjà expliqué que, selon nos manières, nous l’appellerons seulement « Don Luis », je crois donc qu’il ne reste plus qu’à lui donner la bienvenue et lui assigner son travail ».

Et le compañero zapatiste Luis Villoro Toranzo se mit debout et, avec une prestance admirable, dans la ferme position du salut à l’officier.

« Et quel sera le travail qui lui sera assigné ? » parvins-je à demander au milieu de la brume de ma confusion.

« Et bien celui qui va de soi pour lui : le relais », dit l’autre et il sortit.

Je pourrais presque m’aventurer à dire que Juan, Fernanda et celles et ceux qui maintenant m’écoutent et me liront ensuite, ont pris ces mots comme un de plus parmi ces récits qui peuplent les montagnes du sud-est mexicain, remontées encore et encore par les scarabées, les petits garçons irrévérencieux et les petites filles irrévérencieuses, les fantômes, les chat-chiens, les petites lumières frissonnantes et autres absurdités.

Mais non. Il est temps que vous sachiez enfin que Don Luis Villoro Toranzo a repris du service dans l’EZLN un matin de mai, il y a de cela bien des lunes.

Son nom de guerre était « Luis Villoro Toranzo » et au commandement général de l’EZLN nous le connaissions en tant que « Don Luis » pour des raisons de brièveté et d’efficacité.

Le lieu c’était le quartier général « Lit de Nuages », où était rangée sa chemisette marron pour les passages qu’il commit bien des fois avant de mourir.

Que puis-je vous dire de plus ?

Il a parfaitement accompli sa mission. En tant que sentinelle de l’un des postes de garde de la périphérie zapatiste il fut attentif à ce qui se passait, du coin de l’œil de la pensée critique il a vu des changements et des mouvements qui, pour l’immense majorité des intellectuels autoproclamés progressistes, passèrent inaperçus.

Produit de l’alerte de l’escargot à sa charge, vous écouterez, et certains autres liront, ces jours-ci, les réflexions que nous avons eu au sujet de ces changements et mouvements.

UN CADEAU À LA MANIÈRE ZAPATISTE

C’était une autre aube. Don Luis, celui qui était alors le Lieutenant-Colonel et qui est aujourd’hui le Sous-commandant Insurgé Moisés, et moi avions commencé la discussion vers les 1700 heures de la ligne de front sud-oriental.

Vers les 2100 le désormais SupMoy s’excusa parce qu’il devait se retirer pour vérifier les positions environnantes.

La façon de débattre de Don Luis avait sa particularité : là où d’autres gesticulent et haussent la voix, lui souriait avec une vague absence. Là où d’autres argumentaient à coups de slogans, lui disait une sottise – « Juste pour se donner du temps », je me disais à moi-même.

D’habitude ces discussions ressemblaient à des rencontres d’escrime. Même si je dois bien le dire, la plus part des fois je fus abattu. Ça s’est passé ainsi un certain nombre de fois. Don Luis, alors, rit et lâcha : « Abattu, mais non perdu ! » Moi je repris corps par les mots, lui faisant remarquer qu’il serait mal vu qu’un philosophe néopositiviste, cite, consciemment ou non, le deuxième épître aux Corinthiens de l’apôtre Paul. Et lui, rusé souriant, « et ce serait encore plus mal vu qu’un chef zapatiste identifie la citation ». Il se mit alors debout et récita dramatiquement : « Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l’extrémité; dans la détresse, mais non dans le désespoir; persécutés, mais non abandonnés; abattus, mais non perdus » et ensuite s’adressant à moi : « c’est bizarre que tu n’aies pas dit qu’il s’agissait du chapitre IV, versets 8 et 9 ».

Encore endolori par la raclée argumentative, je répondais : « J’ai toujours pensé que ce texte ressemblait plus à un communiqué zapatiste décrivant la résistance, qu’une partie du Nouveau Testament ».

« Ah ! La résistance zapatiste ! », s’exclama-t-il avec enthousiasme.

Puis : « Vous savez Sous-commandant ? Vous devriez ouvrir une école ».

« Pas une, beaucoup », lui dis-je.

Ça devait être dans les années 2005-2006, des années avant Don Luis avait rejoins nos rangs et les Conseils de Bon Gouvernement s’engageaient sur les besoins en santé et éducation dans les zones, régions et communautés.

Don Luis précisa alors : « Non, je ne me réfère pas à ces écoles. Bien sûr, il faut en ouvrir de nombreuses, il n’y a pas de doute. Moi je parle d’une école zapatiste. Pas une où on enseigne le zapatisme, mais une où se montre le zapatisme. Une où on n’impose pas de dogmes, mais où on questionne, on se demande, où on s’oblige à penser. Une dont la devise serait : « Et toi alors ? ».

En réalité l’idée de Don Luis n’était pas original. Déjà avant, elle avait été ébauchée, avec des énoncés différents, par Pablo González Casanova et Adolfo Gilly.

Mais notre idée n’était pas et n’est pas d’enseigner, pas plus que « montrer ». Mais provoquer. Le « Et toi alors ? » n’attendait pas de réponse, mais incitait à la réflexion.

Bref, je continue :

Le débat se fit conversation, de la même façon qu’un torrent atteint une grande plaine dans son serpentement et se change en débit placide. Placide, oui, mais inarrêtable.

C’était maintenant le matin. Le garde de nuit nous prévint que Moy était toujours occupé et il nous offrit du café. À mon regard Don Luis répondit avec un geste affirmatif. Je ne sais même pas vraiment si Don Luis buvait du café, il laissait toujours sa tasse sans y toucher. Alors retombait la chaleur de la conversation. Je me rends compte maintenant que je ne lui ai même jamais demandé s’il avait l’habitude d’en boire. Quelqu’un pourrait supposer, évidemment, philosophe, évidemment, « café » c’est pour un philosophe comme un nom indésirable. Ou peut-être il en buvait. Nous sommes au Chiapas quoi. Venir au Chiapas et ne pas boire de café c’est… comme aller au Sinaloa et ne pas manger de chilorio, comme aller à Hambourg et ne pas se bouffer un hamburger, comme aller à La Realidad (la Réalité en français, ndt) et ne pas l’y trouver.

Le truc c’est que, sans nous en rendre vraiment compte, nous parlions de cadeaux.

« Imagine ce que serait le cadeaux parfait », proposais-je.

« Le plus surprenant », répondit-il sans y penser.

« Non, celui pour lequel il n’y a aucun remerciement. », répliquais-je.

« Comment? », me demanda-t-il intrigué.

« Comme par exemple une énigme, ou une pièce de puzzles. C’est-à-dire, un cadeau sans raison d’être. S’il n’y a pas de raison, la surprise augmente », dis-je.

« Certainement, mais pour celui qui le donne, ce pourrait être un cadeau de ne pouvoir être remercier pour le cadeau », dit-il comme pour lui-même.

Alors que l’argumentation logique se faisait de plus en plus embrouillée, je pensais plutôt, moi, que Don Luis fatiguait. Mais non, il était animé et il avait le regard brillant, comme si…

Je me levais et lui touchait le front. Je ne dis rien, je me dirigeais seulement vers la porte et je dis au garde: « Que la compade santé vienne ».

Don Luis avait de la fièvre. L’insurgée de santé prescrivit de l’antipyrétique, un bain d’eau froide et beaucoup de liquide. Don Luis ne s’opposa à rien. Mais dès que la compañera se retira, il dit: « il suffit d’un peu de repos » et il s’endormit. Il fut comme ça durant 2 jours, se réveillant à peine pour manger et aller aux toilettes.

Puis remis de tout, il me dit qu’il devait se retirer, il me recommanda de relire ses compte-rendus de vigilance et il fit ses adieux.

Avant de passer le seuil de la porte, sans se tourner vers moi et plutôt pour ça, il murmura: « C’est ça, un cadeau pour lequel on ne peut remercier. Ce serait très zapatiste ». Il mit son béret, me dit quelque chose d’autre et s’en alla.

Maintenant, après plus de 12 lunes de son absence, je peux vous dire ce qu’il m’a dit en faisant ses adieux ce matin-là, avec le soleil levant les lumières et les ombres.

« Compagnon sous-commandant insurgé marcos », me dit-il en se mettant au garde à vous avec une vitalité remarquable.

« Compagnon Luis Villoro Toranzo », lui dis-je en suivant ma vieille habitude pour marquer ainsi que j’étais prêt à écouter.

« Je veux te demander quelque chose »

Sans tomber dans l’abandon de l’informel, j’imputais cela à sa nouvelle profession.

« Ne va pas raconter ça à qui que ce soit, pour le moment », demanda-t-il.

« Bien sûr », lui dis-je, « je comprends. Le secret, la clandestinité, tout ça, que ne la famille ne le sache pas »

« Ce n’est pas ça », me dit-il.

« Je veux que tu le dises après »

« Quand? », je lui demandais.

« Tu sauras quand ce sera le bon moment. Pour le dire à notre manière: « quand sera venue le calendrier et la géographie ». ».

« Et pour quoi? » lui demandais-je curieux.

« C’est un cadeau que je veux faire à mes enfants et à ma compagne ».

« Monsieur Don Luis, ne vous emmerdez-pas, offrez plutôt une cravate verte mouchetée de rouge à Juan, à Miguel une rouge mouchetée de vert, ou vice et versa; à votre fille Renata un vase et à Carmen, un cendrier, ou vice et versa. Comme vous voulez, comme dans toute bonne famille, ils vont se disputer. À Fernanda un cahier de notes, ceux avec des lignes. Ils sont inutiles et horribles tous ces cadeaux, mais ce qui compte c’est l’intention ».

Don Luis ria de bon cœur. Puis plus sérieux il continua:

« Racontez-leur mon histoire. Ou plutôt, cette partie de mon histoire. Alors elles et eux comprendront que je ne me cachais pas à eux. J’ai seulement gardé ça comme un cadeau. Parce que l’enchantement des cadeaux c’est que ce sont des surprises. Vous ne croyez pas? »

« Dites-leur que je leur offre ce morceau de ma vie. Dites-leur que je le leur ai caché non comme on cache un crime, mais comme on garde un cadeau ».

« Voyez Sup, bien des choses seront dites sur ma vie, certaines bonnes, certaines mauvaises. Mais cette partie, je crois, leur bouleversera tout, mais non par la peine et la douleur, mais par la joie espiègle de ce vent frais qui nous manque tant lorsque la peine de l’absence et le gris du sérieux, des formalités et des nominations, se convertissent en pierre et épitaphe. »

« Bien, Don Luis », lui dis-je, « mais n’écartez pas l’idée des cravates, du vase, du cendrier et du carnet de notes ».

Il s’en alla en souriant.

C’est ainsi Juan, Fernanda, proches de Don Luis Villoro Toranzo, que pendant bien des années j’ai gardé tel un secret cette pièce du grand puzzle que fut la vie de Don Luis.

Pas cette fois-là, mais plus tard, lorsque la rage et la douleur naquirent du corps massacré du compa maître zapatiste Galeano, je compris alors la raison pour laquelle garder cette pièce de sa vie.

Ce n’est pas qu’il le leur ait caché parce qu’il en avait honte, ni parce qu’il aurait craint qu’ils le trahissent avec l’ennemi aux milles têtes, ou parce qu’ainsi il éviterait qu’ils n’essayent de le dissuader.

C’est parce qu’il voulait leur faire ce cadeau.

Une pièce qui provoque, qui encourage, qui agite, juste comme sa pensée faite vent espiègle en nous.

Une pièce de plus de la vie de Don Luis.

La pièce qui s’appelle Luis Villoro Toranzo, le zapatiste de l’EZLN.

Il est tombé et tombé dans l’accomplissement de son devoir, couvrant la position de sentinelle dans ce monde absurde, terrible et merveilleux qui est celui que nous nous engageons à construire.

Je sais bien qu’il a laissé un héritage de livres et une brillante trajectoire intellectuelle.

Mais il m’a aussi laissé ces mots pour qu’aujourd’hui, je vous les dise:

« Parce qu’il y a des secrets qui ne font pas honte, mais rendent orgueilleux. Parce qu’il y a des secrets qui sont des cadeaux et non des affronts »

Maintenant et seulement maintenant, alors que je vous remets ces feuilles, vous pourrez lire comment s’intitule ce texte dans lequel est enveloppé, avec mes mots maladroits, la pièce du puzzle qui s’appelle:

“Luis Villoro Toranzo, le zapatiste”.

Allez. Salut et recevez de nous toutes et tous l’accolade que vous a laissé caché chez nous le compa zapatiste Don Luis.

Depuis les montagnes du Sud-est Mexicain, et maintenant sous terre.

Sous-commandant Insurgé Marcos.

Mexique, 2 mai 2014.

Rendu public le 2 mai 2015.

Trad: le S@p, Espoir Chiapas

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