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Palabra del Ejército Zapatista de Liberación Nacional

May292014

PAROLES DU COMMANDEMENT GENERAL DE L’EZLN, PAR LA VOIX DU SOUS-COMMANDANT INSURGE MOISES, DURANT L’HOMMAGE AU COMPAÑERO GALEANO

PAROLES DU COMMANDEMENT GENERAL DE L’EZLN, PAR LA VOIX DU SOUS-COMMANDANT
INSURGE MOISES, DURANT L’HOMMAGE AU COMPAÑERO GALEANO.

LE 24 MAI 2014 A LA REALIDAD, CHIAPAS, MEXIQUE

Compañeras et compañeros comandantes, compañeras et compañeros bases
d’appui, miliciens, insurgés, tous.

Compañeras et compañeros de la Sexta. Bonjour, ou bonne après-midi, ou
bonne nuit à toutes et tous, selon où vous vous trouvez.

Compañeras et compañeros, frères et sœurs:

Par ma voix s’exprime la voix de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Par ma voix s’exprime la douleur et la rage de centaines de milliers
d’indigènes, hommes, femmes, enfants et anciens de l’Armée Zapatiste de
Libération Nationale.

Nous sommes ici avec les compañeras et les compañeros de la Realidad, pour
soutenir, avec toute notre digne rage.

Les compañeros et compañeras de la Sexta doivent comprendre quelque
chose : l’EZLN ne peut pas se mettre juste comme ça quand ça le chante
dans les communautés et dans les gouvernements autonomes. Parce que nous
comme EZLN ce n’est pas juste des mots si nous parlons de « respect » :
c’est que notre pratique est comme ça. L’EZLN comme force du peuple ne
peut se mettre dans un problème des communautés zapatistes que si c’est la
décision des autorités autonomes qui le demandent. Cela nous le faisons de
cette manière parce que les militaires, quels qu’ils soient, doivent
toujours respecter et servir les villages, les civils.

Quand nous avons été au courant de l’assassinat lâche et cruel de notre
compañero Galeano, cela nous a provoqué beaucoup de douleur et beaucoup de
rage. Mais on ne peut pas faire comme on veut, on a à respecter et à obéir
à nos villages pour voir quel est le chemin à suivre et ce que nous devons
faire, en tant que l’EZLN que nous sommes.

Le respect que nous disons, c’est comme ça que nous le pratiquons avec les
villages et les autorités autonomes zapatistes, c’est pour ça qu’on prend
sur nous, la rage et la douleur qu’on porte.

C’est jusqu’au moment où nous l’a demandé le conseil de bon gouvernement
de La Realidad, et qu’ils nous ont dit « on est arrivé à ce point et nous
voulons que le commandement de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale
intervienne pour que justice soit rendue, contre l’attaque et l’assassinat
contre nous et contre notre organisation zapatiste ». Et donc là on peut
intervenir.

Avec toute la rage, on est venus pour accompagner les compañeras et les
compañeros, pour faire une enquête sur ce cruel assassinat, parce que ces
gens des contras, ces paramilitaires antizapatistes ont ce qu’ils ont mais
c’est grâce à nous, et ils se font passer pour des zapatistes et c’est
comme ça qu’ils se font financer leurs projets, en disant que ce sont des
représentants zapatistes. Nous savons bien qui ils sont, et avec qui parle
le mauvais gouvernement, et ce stupide mauvais gouvernement qui croit que
c’est avec nous qu’il est en train de parler.

Ici on leur répète de nouveau à ces sales mauvais gouvernements:

NOUS NE SOMMES PAS des mendiants.

Nous ne recevons pas leurs dessous de tables.

Nous ne cherchons pas, ni ne recevons leurs miettes.

Nous cherchons à nous gouverner avec nos villages du Mexique, dans la
Justice, la Liberté et la Démocratie.

CE NE SONT PAS les femmes et les hommes zapatistes qui discutent avec eux.

NOUS NE PARLONS PAS avec les mauvais gouvernements, ni aujourd’hui, ni
jamais.

NOUS N’AVONS PAS un seul gramme de confiance dans ces sans-cervelle.

Nous n’en avons rien à faire que le mauvais gouvernement soit idiot et
trompe une bande de vendus. Les mauvais gouvernements sont toujours comme
ça : des gens ignorants et stupides, qui n’ont pas de bonne pensée pour
gouverner, et qui n’ont que des grandes mains pour voler. C’est ça ce que
démontrent et ce qu’ont démontré les présidents et les conseillers
municipaux, le Manuel Velasco [gouverneur du Chiapas], et le Peña Nieto
[Président du Mexique]. Eux tous, quel que soit leur parti, ce sont des
ignorants qui ne se réveillent que pour voler, et qui se peignent et
refont beaucoup leur toilette pour les photos de la presse payée. C’est
comme ça qu’on l’a vécu durant plus de 71 ans de gouvernement du PRI
[Parti Révolutionnaire Institutionnel], et 12 ans du PAN [Parti d’Action
Nationale], et aujourd’hui encore avec le PRI. En plus qu’on a vu aussi
dans les gouvernements locaux, où passent encore d’autres partis, par
exemple le vert écologiste, celui de la révolution démocratique, celui du
travail, celui du mouvement citoyen et encore d’autres, n’importe lequel
qui existe et qui existera fait de politiciens professionnels.

Compañeras et compañeros:

La rage qu’on a, c’est contre le capitalisme.

Parce que ce qu’ils ont fait au compañero Galeano, c’est la main du
capitalisme, et ils auraient fait et assassiné n’importe qui et d’autres
compañeros de ce village, parce que c’est contre nous leur plan des
mauvais gouvernements, contre notre organisation de l’EZLN.

Quand on voit le compañero Galeano, on voit les assassins, mais on voit
aussi qui sont derrière ces assassinats.

C’est Velasco qui est derrière, et celui qui est derrière ce Velasco,
c’est le Peña Nieto, et derrière le vendeur de patrie de Peña Nieto c’est
le grand capital, le véritable criminel inhumain du capitalisme
néolibéral.

Ils se lavent les mains. Ou ils vont se laver les mains. C’est un
déguisement ce truc qu’ils ont déjà arrêté tel et tel. Parce qu’ils ne le
font pas pour qu’il y ait justice et que paient les assassins, mais pour
tenter de calmer la grande vague de douleur et de rage qui s’est levée
dans le monde entier. C’est-à-dire qu’ils le font pour tranquilliser des
gens comme vous, compañeras et compañeros de la Sexta, élèves et élèvEs de
l’Escuelita du monde entier.

Parce que ce sont eux qui ont tout organisé pour qu’ait lieu ce qu’ils ont
fait contre nous, comme ça s’est passé. Une certaine Florinda Santis,
d’ici, de La Realidad, antizapatiste, est conseillère municipale du PAN à
Las Margaritas [municipalité dont dépend officiellement la communauté de
La Realidad]. C’est elle, et d’autres qui l’ont appelé en offrant l’argent
distribué par les mauvais gouvernements, et cette Florinda se met d’accord
avec un certain commissaire pour la paix, et ils se réunissent avec les
ex-gouverneurs, le président municipal, le gouvernement du Chiapas, des
députés, des sénateurs et le gouvernement fédéral. Déjà auparavant ils
planifiaient les choses ensemble, ce Luis H. Alvarez maléfique se
réunissait avec cette Florinda et ce Carmelino, pour mettre en place ce
lâche et cruel travail paramilitaire avec ceux qui sont vendus dans le
village de La Realidad.

Et donc l’un après l’autre ces parasites ont planifié ça, et au final ceux
qui restent comme les exécutants, ce sont ces gens de La Realidad, qui ne
se rendent pas compte de comment ils sont utilisés.

Parce que regardez : cette Florinda Santis, c’est comme ça qu’elle les a
orienté, parce qu’elle apporte comme instructions : « si vous faites
qu’avec les zapatistes il y ait des problèmes, on vous trouve plus
d’argent, plus de projets, et on vous trouve les armes, et vous organisez
la provocation, même jusqu’à les amener dans une embuscade et tuer celui
qui vous tombe sous la main ».

Et c’est ce qui s’est passé. Comme elle, elle sait qui du village ne sont
plus zapatistes, c’est eux qu’elle appelle pour l’organisation, et comme
elle est conseillère municipale elle se met en accord avec tous les
gouvernements, elle les emmène devant les autorités, et les gouvernements
les enveloppent d’argent, et de projets, et d’armes, les autorités leur
donnent plus de ferveur, et eux ils voient qu’ils sont soutenus par le
mauvais gouvernement.

Maintenant la même Florinda revient les tromper. Maintenant qu’ils ont
commis l’assassinat, les mauvais gouvernements ont besoin de faire
disparaître la criminalité, pour que ça n’apparaisse pas que c’est eux qui
ont tout planifié, organisé et financé. Ils ont besoin que soient arrêtés
les assassins, et que comme ça on voit qu’eux y étaient pour rien.

Mais la vérité ce sont eux, c’est comme un fil ou une chaîne, ils viennent
un après l’autre : la conseillère Florinda, les dirigeants de la CIOAC, le
président municipal, le gouverneur du Chiapas, des ex-gouverneurs qui ont
déjà confessé qu’ils finançaient les paramilitaires, et qui étaient bien
muets avant, et qui maintenant se mettent à parler, mais pour défendre les
criminels.

Et sûrement aussi le nouveau soi-disant commissaire de paix est mouillé
dans ça, lui qui a envoyé des gens pour offrir de l’argent et du soutien à
des dirigeants de l’EZLN en échange d’informations pour savoir si le
sous-commandant insurgé Marcos est très malade ou bien s’il est mort, même
si vous l’avez vu de vos propres yeux, si le sup Marcos est très malade ou
si il est mort. Et pareil, participent des députés et des sénateurs, et
aussi le gouvernement fédéral. Toute la force des mauvais gouvernements se
retrouvait dans cette attaque criminelle, et dans ce plan les soutiennent
aussi des gens qui se disent de gauche progressiste et démocratique.

Compañeros et compañeras:

Le plan du mauvais gouvernement, c’est d’assassiner l’Armée Zapatiste de
Libération Nationale.

Le mauvais gouvernement veut, et continue à vouloir que nous devenions
comme lui, eux qui sont tâchés du sang d’un compagnon combatif qui ne
s’est pas vendu, qui ne s’est pas rendu, qui n’a pas dévié.

Parce que ces hommes et ces femmes trompés et manipulés, ils obéissent aux
mauvais gouvernements des trois niveaux [municipal, de l’Etat du Chiapas
et du gouvernement fédéral]. Ba oui, eux et elles-mêmes le disent. Quand
ils ont réalisé l’assassinat, ils disaient : « eh, venez ! Emmenez quelque
chose, des machettes, des bâtons, des pierres, pour soutenir nos hommes,
souvenez-vous que c’est ce que nous a dit le gouvernement, c’est pour ça
qu’on reçoit le programme social « Oportunidades ». ». C’est ce qu’ils
criaient, c’est ce qu’ils se disaient.

Les mauvais gouvernements pensent et veulent que nous nous tuions entre
indigènes.

Ils veulent qu’on perde nos têtes, ils veulent qu’on soit plus fous
qu’eux, qu’on soit plus assassins qu’eux, pour dire dans les médias vendus
qu’ils ont acheté, que c’est un problème intra-communautaire.

Les mauvais gouvernements le pensent et le veulent, et ils organisent les
gens, et ils leur disent tuez les zapatistes par n’importe quel prétexte,
et comme ça ils se dévient de la lutte pour la libération nationale. Leur
plan à eux c’est de nous assassiner, de nous enterrer, qu’on se tue
nous-mêmes.

Et ils vont continuer à essayer encore et encore, et ils vont continuer
là-dedans.

Parce qu’ils disent qu’ils vont prendre le caracol, et qu’ils vont faire
ça dans n’importe lequel des caracoles.

Ils pensent qu’en assassinant le compañero Galeano, la lutte de notre
organisation va s’arrêter là, mais NON.

C’est pour ça qu’on est là, pour que ce soit clair que la lutte zapatiste
NE S’ARRETE PAS.

Ils veulent en finir avec l’exemple de notre lutte, ils pensent que ça
nous fait peur qu’ils nous tuent.

Nous, nous savons pourquoi nous sommes prêts à mourir si c’est nécessaire.
Tout comme les compañeros tombés au combat en 1994, ils savaient pourquoi
ils sont morts, et nous continuons la lutte, et c’est comme ça que
continuait le compañero Galeano, parce qu’il continuait, il a fait ce
qu’il avait à faire, tout comme les compañeros morts au combat. Et donc
maintenant nous allons suivre l’exemple du compañero Galeano, c’est pour
eux que nous sommes un exemple du Mexique et du monde.

Compañeras et compañeros:

Notre devoir principal en tant qu’EZLN, ce sont les communautés
zapatistes, nos compañeros et compañeras bases d’appui. S’ils ont un
problème, c’est la première chose que nous allons voir et que nous
essayons de régler. On ne leur dit pas qu’ils viennent un autre jour, ou
qu’on voit ça après, ou n’importe quel autre prétexte.

C’est pour ça qu’on a suspendu le moment de partage avec les compañeras et
les compañeros du Congrès National Indigène, et l’hommage au compañero
Luis Villoro.

On ne peut pas être en deux endroits en même moment. On ne peut pas se
concentrer sur ce grave problème, et au même moment s’occuper des milliers
du monde entier qui arriveraient pour les rencontres. Et donc nous avons
eu à choisir, et nous avons choisi nos villages.

Nous sommes arrivés à La Realidad, village du compañero Galeano et de sa
famille et de ses compañeras et compañeros, là où se trouve la rage et la
douleur, en tant que compañeras et compañeros que nous sommes. Etre
zapatiste véritable, c’est être avec les compañeras et les compañeros, et
donc nous avons suspendu les travaux. On n’était pas en train de se
promener ailleurs, à l’étranger par exemple, pour donner des conférences.

Parce que le plus important pour nous : ce sont les compañeras et les
compañeros des villages.

Eux ce sont notre force, notre aliment, notre destin.

Eux nous sommes.

Compañeras et compañeros:

Nous sommes venus pour déterrer Galeano. Tout à l’heure vous allez voir
comment.

Et ces personnes qui l’ont assassiné sont seules. Elles sont tâchées du
sang propre et pur d’un combattant, et cela, ils ne pourront jamais
l’effacer. Ils accomplissent le travail de ce démon de Peña Nieto et de
Velasco, des démons du capitalisme néo-libéral.

Ils obéissent aux ordres du suprême paramilitaire, qui sont Peña Nieto et
Velasco, qui pourchassent le peuple et les femmes et les hommes qui
luttent.

Ils poursuivent les blanches et les blancs qui luttent, parce qu’il y a
des compañeras et des compañeros blanches et blancs qui sont en bas à
gauche.

Parce que c’est clair ce qu’on veut, ce qu’on désire pour ce pays, et
peut-être même pour le monde. Ce qu’on dit, que « peuple commande,
gouvernement obéit ».

On va enterrer petit à petit ce système capitaliste, injuste, pourri,
caduque, inégal, qui pue et qui contamine le monde entier avec sa peste.

Les femmes et les hommes zapatistes, nous sommes des milliers de milliers.
En ce moment des compañeras et des compañeros sont dans les caracoles et y
rendent hommage au compañero Galeano, parce qu’ils n’ont pas pu venir
jusqu’ici.

Il y a aussi des compañeros et des compañeras qui se mobilisent et qui
protestent dans différents endroits du Mexique, et dans plusieurs villes,
et dans d’autres pays. Parce qu’ils voient que c’est une alternative ce
qu’on est en train de construire, ils voient que c’est un nouveau type de
système d’un monde nouveau. Ils se rendent comptent que c’est vrai que
nous sommes anticapitalistes.

C’est pour ça que la cruauté est aussi grande, dans la forme de comment
ils ont assassiné le compañero Galeano, parce que c’est ça qui leur ont
ordonné, c’est ça que leur a dit de faire le mauvais gouvernement de Peña
Nieto et de Velazco, et qu’ils doivent l’accomplir, parce qu’ils sont
payés pour ça.

Le malheur, c’est qu’il y ait des gens baisés et pourris dans leur tête,
qui ne pensent pas à leurs fils et à leurs filles qu’ils laissent sans
personne, pour aller faire le travail d’autres criminels. Parce qu’il va
falloir faire justice.

Compañeras et compañeros:

Les mauvais gouvernements ne nous respectent pas comme les indigènes que
nous sommes, ils nous voient comme des chiens, et pensent que nous sommes
des chiens, parce que les chiens se mordent entre eux et se tuent entre
eux, selon celui qui gagne.

Nous autres, nous disons clairement que Nous ne sommes pas des chiens.

Nous sommes une organisation qui luttons pour la libération nationale,
anticapitalistes. Nous luttons pour la Liberté, la Justice et la
Démocratie. Nous luttons pour un monde meilleur, un monde qui puisse
contenir tous les mondes.

On ne va pas permettre ça qu’on se dévie, parce que c’est ce que veulent,
ces sales enfoirés mal-nés des mauvais gouvernements.

Cela nous cause de la douleur et de la tristesse, ce qu’ils ont fait à
notre compañero Galeano, mais on ne va PAS nous tâcher de mal sur le mal.

Parce que nous luttons pour la Justice pour des millions d’êtres vivants
de ce pays, et nous voulons, et nous cherchons la justice pour des siècles
et pour les siècles, et pour toujours, et pas comme ces mal nommés
gouvernements capitalistes, qui ne savent pas ce que c’est la justice,
parce ce sont ceux qui commettent les injustices.

Nous allons continuer les tâches que nous a laissé le compañero Galeano,
et on va le faire avec la juste et digne rage qu’il nous a laissé, peuple
commande et gouvernement obéit.

Comme lui l’a fait, avec l’exemple des compañeros tombés en 1994, et c’est
ainsi qu’on doit le suivre, n’importe quel compañero ou compañera tombés,
nous allons suivre leur exemple, qu’ils soient commandement, ou qu’il ne
le soit pas.

Nous autres, nous voyons beaucoup de chemins de comment faire pour arriver
à la liberté de notre peuple du Mexique. Pas comme eux ils disent, qu’il
n’y a que deux chemins, les élections ou les armes.

Nous avons vu, durant ces 20 ans, que lorsque nous dialoguons avec ces
vendeurs de la patrie et bien ça n’a servi à rien, aucun des trois
pouvoirs parasites n’a accompli la parole donnée lors du dialogue.

Le dialogue qui nous a servi, c’est avec les gens d’en bas à gauche, qui
aujourd’hui sont les compañeras et compañeros de la Sexta, et avec les
compañeras et les compañeros des médias libres et alternatifs, que
certains sont là, et d’autres n’ont pas pu venir.

Ça, ça nous a servi, le dialogue avec le peuple du Mexique et du monde,
écouter et apprendre. Et maintenant, c’est des milliers de compañeras et
de compañeros qui ont été concernés par ce dialogue de l’écoute, au
travers de notre « Petite Ecole », c’est-à-dire qu’on est en train de
tourner pour dialoguer, entre le commandement et les bases, avec ceux d’en
bas à gauche. Les premiers temps c’était la tâche des commandements, et
maintenant c’est à nos compañeras et compañeros des villages à qui c’est
le tour de dialoguer, c’est la vérité, compañeras et compañeros.
C’est-à-dire qu’on va se convertir toutes et tous en bons représentants,
car comme on dit, peuples commandent et gouvernement obéit.

Pour cela nous, comme zapatistes, nous ne sommes pas là pour lutter pour
prendre le pouvoir : ni par les élections, ni par les armes. Mais on est
là pour que le peuple décide son chemin, et qu’il le fasse sans partis
politiques qui les trompent, et qui ne les respecte pas. Et aussi pour
défendre nos villages.

Compañeras et compañeros:

Les gens de la CIOAC [« Centrale indépendante des ouvriers agricoles et
des paysans », fondée en 1975 par le Parti communiste mexicain, et à
l’origine de l’attaque paramilitaire. NdT], qu’est-ce qu’ils font? Rien
d’autre que le travail d’être paramilitaire. Et à qui cela sert-il? Aux
riches. Ils défendent ceux qui les exploitent, et de ça ceux qui sont
responsables, c’est leurs leaders, tout aussi bien ceux de l’Etat du
Chiapas que ceux du niveau national, qu’ils prétendent être.

Evidemment, les leaders de l’Etat et les leaders nationaux étaient
impliqués dans la planification et étaient d’accord avec la « croisade
nationale contre la faim ». Parce que c’est là qu’il y avait à voler de
l’argent, qui devrait être pour le peuple. C’est ce qui reste après leurs
vols, ce qu’ils donnent à leurs villages. C’est comme ça qu’ils vivent, et
de ça vivent les leaders. Et ce n’est pas un plan contre la faim, c’est un
plan de contre-insurrection.
Tous les grands et les petits leaders, c’est là qu’ils apprennent à mal
orienter les villages, là qu’ils apprennent à être mafieux, sournois,
manipulateurs.

Ecoutez ce qu’est la CIOAC : ils ont attaqué les compañeros du village
« 10 de abril » du caracol de Morelia il y a quelques mois : les gens de
la CIOAC du village « 20 de noviembre ». CIOAC est entrée sur la terre
récupérée qui jouxte celle des compañeros du caracol de La Realidad, il y
a environ un an. CIOAC a attaqué à coups de fusil les gens de Guadalupe
los Altos, par le rio Euseba, il y a un mois. CIOAC a attaqué les gens de
San José las Palmas près de las Margaritas, pareil il y a plus ou moins un
mois. CIOAC, il y a plus ou moins quinze jours, se sont affrontés avec les
gens de l’ejido Miguel Hidalgo, municipalité de Las Margaritas.

CIOAC s’est affronté avec ses propres gens de la municipalité Rayon, dans
le nord du Chiapas, et il y a eu des morts là-bas.

CIOAC, le 2 mai, ont attaqué avec des embuscades les compañeros de La
Realidad, là où ils ont assassiné avec cruauté le compañero Galeano.

C’est ça la CIOAC: des paramilitaires, dirigés par des leaders
paramilitaires, les Luises, avec pour chefs suprêmes Peña Nieto et
Velazco, parce que c’est comme ça qu’il les nomme leur propriétaire du
néolibéral, avec qui ils sont associés.

Et donc on se demande: quel futur ils enseignent à leurs fils et à leurs
filles, ces gens de la CIOAC? A être paramilitaires? A être des assassins?
En échange d’argent, pour tuer leur propre peuple.

C’est ça qui est préparé par les mauvais gouvernements. Ils vont continuer
avec ça dans chaque caracol. Ils sont préparés contre nous, parce qu’ils
se rendent compte qu’il leur reste peu de vie, au système et aux mauvais
gouvernements, c’est pour ça qu’ils vont faire des choses aussi brutales
que c’est possible, contre nous les femmes et les hommes zapatistes.

Ici à La Realidad ça a été planifié et mis en œuvre par le mauvais
gouvernement afin de tenter d’assassiner l’EZLN, parce que nous autres,
nous construisons un autre SYSTEME DE GOUVERNEMENT, contre l’autre mauvais
SYSTEME capitaliste.

Pour eux nous sommes le grand ennemi principal, et la vérité, nous sommes
leurs ennemis, parce que c’est bon, ya basta ! et avec notre ya basta ! ,
il y a le « mandar obedeciendo » [le « commander en obéissant »], où le
gouvernement ne gouverne pas, mais c’est le peuple qui gouverne, et ceux
qui sont au gouvernement ce sont leurs serviteurs.

Pour cela, ces mauvais gouvernements ils planifient, ils organisent et ils
dépensent des millions là-dedans, ils achètent les gens pour qu’ils
viennent nous assassiner.

C’est pour cela qu’on ne doit pas se tromper, l’ennemi c’est celui d’en
haut, jusqu’à ce qu’on le fasse descendre de là, et que l’ennemi prenne
fin.

Les assassins manipulés, si, on va faire justice. Tout ça, on expliquera
plus tard.

Nous on ne se venge pas, on va se venger, mais contre le capitalisme.

Compañeras et compañeros :

La vérité, nous on ne sait pas bien parler l’espagnol.
On ne sait pas bien écrire.
On ne sait pas bien lire les livres.
Parce qu’il y a des livres qui sont bien, et d’autres qui en fait ne
servent à rien.
Au lieu de t’orienter, ils t’embrouillent plus qu’autre chose.
Mais si il y a quelque chose qu’on lit très bien, c’est la situation de
merde, la situation vraiment merdique dans laquelle on vit, nous les
mexicaines et les mexicains de ce pays, et aussi dans d’autres parties du
monde.
Nous le lisons, tout en pensant, tout en écoutant les gens qui sont d’en
bas et d’à gauche.
Et cette lecture qu’on a, on l’a lit en pensant : comment devrait être une
vie meilleure, c’est-à-dire, un autre système ?
L’espagnol on le parle en faisant beaucoup d’efforts, afin d’éveiller les
gens qui sont d’en bas à gauche.
Pour partager notre idée, de comment nous gouverner, nous des campagnes et
de la ville.
Pour montrer ce que nous sommes, et apprendre de l’exemple des luttes des
autres personnes.
Il y en a qui font ce truc qu’ils écrivent beaucoup, parce qu’ils n’ont
rien appris là où ils étaient dans le ministère d’éducation publique, ils
ont seulement mis un stylo dans la petite poche de leur chemise… là-bas,
c’est ce qu’ils ont appris.
Mais nous, nous écrivons avec l’exemple de la pratique de nos compañeras
et nos compañeros.
D’accord, ils savent écrire maintenant : parce que depuis, ils ont
construit leurs écoles autonomes.
Pour cela, nous leur disons : ce n’est pas un problème si nous savons
écrire, ou si nous ne savons pas écrire, si nous savons parler espagnol,
si on sait, ou si on sait pas lire, si on sait beaucoup ou juste un peu
d’espagnol.
Parce qu’on cherche, et on fait avancer les pensées et la pratique, et
c’est comme ça qu’on s’améliore et qu’on se corrige.
C’est comme ça que les compañeras et les compañeros bases d’appui
zapatistes écrivent dans la pratique, avec leur création d’un nouveau
système de gouvernement contre le mauvais système.
C’est ça la vérité, compañeras et compañeros de la Sexta. Sans savoir où
on met les virgules, les accents, les signes de la ponctuation et tout le
reste. Mais si, par contre, on sait quel nouveau système ce pays a besoin.

Compañeros et compañeras de la Sexta :

Luttons, travaillons, apprenons entre nous, femmes et hommes qui sommes
d’en bas !
Arrêtons de regarder ceux d’en haut. En haut, il n’y a ni œil, ni oreille
pour nous voir ou nous écouter.
En haut, il n’y a pas de respect !
Regardez, c’est comme les médias payés :
Si tu cherches des informations à l’intérieur, sur ce que fait le mauvais
gouvernement dans ce pays, tu ne trouveras rien à l’intérieur. Il y a rien
à l’intérieur.
Par contre si, à l’intérieur, ils y mettent tous les jours les nouvelles
envoyées par les mauvais gouvernements, parce qu’ils sont payés des
milliers de pesos pour dire que le Mexique va mieux grâce à ce mauvais
gouvernement. Mais quand tu te retournes pour regarder vers le bas, pour
voir si c’est vrai ce qu’ils disent ces médias bien payés, en fait et bien
c’est totalement le contraire.
Et donc il faut regarder en bas.
Ça veut dire : si on veut savoir comment luttent les autres frères et
sœurs des autres endroits, il faut aller lire ou écouter les médias
alternatifs, les médias libres. Les « oreilles », comme nous on les
appelle. Parce qu’ils écoutent, et ils en sortent ce qu’ils ont écouté,
sans rien changer, et ils les envoient à d’autres endroits, pour que
d’autres comme nous, les zapatistes, nous apprenions des autres luttes,
qu’on les écoutent, et qu’on les soutiennent.
Donc en avant, compañeros des médias libres d’en bas à gauche.
C’est comme maintenant, si on veut savoir comment et ce que font les
compañeros et compañeras de la Sexta maintenant, c’est seulement dans les
médias alternatifs qu’on le trouve. Dans les médias payés on trouve rien,
pourquoi ? Parce que ces nouvelles ça paie pas, et ça même s’ils sont
super de gauche et révolutionnaires, et après, il y a ceux qui ont une
patte fourrée ici et une patte là, mais bon. La dignité, c’est ce qui
manque.
C’est dans les médias alternatifs qu’on a été au courant des mobilisations
des compañeras et des compañeros de la Sexta, où ils embrassent la famille
du compañero Galeano, où ils saluent et ils embrassent les compañeras et
les compañeros de La Realidad, avec dignité et avec rage, aussi bien au
Mexique que dans d’autres pays du monde. C’est comme ça qu’on connait déjà
les mobilisations dans tous les recoins du monde, pour le soutien et
l’embrassade à la famille et aux compañeros du compa Galeano.

Au Mexique, tant d’autres protestations dans les villes, et tant d’autres
formes de protestation sur les pages d’internet et sur le twiter, comme
ils appellent ça, et qui de partout dans le monde se rencontrent entre
eux.

Compañeros, nous sommes tous et toutes à La Realidad du fait de la réalité
de ce qu’ont fait les mauvais gouvernements, qui veulent nous assassiner
et détruire ce qui se construit ici, à la Realidad, et nous lui disons au
mauvais gouvernement, que le peuple zapatiste de La Realidad, on ne
permettra jamais qu’ils le détruisent. Ça sera un jour la réalité de ce
pays, ce qui se construit à La Realidad. S’ils n’ont pas pu en finir avec
nous à l’aurore de janvier 1994, et bien encore moins aujourd’hui. Parce
que c’est notre engagement de libérer ce pays, qu’arrive ce qui doit
arriver, quel qu’en soit le prix, et qu’il advienne ce qu’il advienne.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain

Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène – Commandement Général
de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

Mai 2014, La Realidad, pour la réalité de ce pays, et un jour, ce sera la
réalité du monde entier. Aujourd’hui, dans la vingtième année de la guerre
contre l’oubli.

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